

Joanne Severe
Diététiste
Une diététiste proche de ses patients
Originaire de l’île Maurice, Joanne a 18 ans lorsqu’elle quitte son pays pour
poursuivre ses études à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard. Elle obtient un
baccalauréat en sciences avec distinction en alimentation et nutrition, avant de
suivre un internat en diététique. « Ce ne sont pas de grandes classes, tout le
monde a l'opportunité de rencontrer les profs, il y a quinze à vingt élèves dans
chaque classe », se réjouit-elle.
Lors de son projet de recherche, Joanne s’est penchée sur les pratiques
entourant les repas des éducateurs et des éducatrices dans les services de la
petite enfance. Elle a aussi occupé des postes de supervision et de gestion en
nutrition, qui lui ont permis de développer ses compétences en leadership et en
organisation.
La jeune femme de 25 ans est désormais diététiste et travaille dans un centre
médical de famille. Elle accompagne notamment des personnes vivant avec
l’obésité, le diabète, des maladies cardiovasculaires ou encore le syndrome de
l’intestin irritable. Elle s’occupe aussi des enjeux liés à l'alimentation
émotionnelle. « Ma pratique repose avant tout sur le respect, l'écoute et la
collaboration. C'est très centré sur la personne. On reconnaît bien l'unicité de
chaque parcours, il n'y a pas de jugement, il n’y a pas de pression », confie-t-
elle. Joanne se sent aussi privilégiée de faire partie d'une équipe
interdisciplinaire, dont certains membres parlent français.
Lorsqu’elle a accepté ce poste, elle ne savait pas qu’elle aurait l'occasion d’offrir
des soins en français. « J’ai découvert par la suite que le français ferait
naturellement partie de mon quotidien, tant dans mes échanges avec mes
collègues que dans l'accompagnement des patients et ça a été une très belle et
touchante surprise. »
À ses yeux, travailler dans sa langue crée des liens plus profonds : « Savoir
aussi que je peux offrir quelque chose de plus précieux, de différent, à la
communauté francophone rend mon engagement un petit peu plus significatif et
gratifiant. » Lorsqu’ils apprennent qu’ils peuvent recevoir des services en
français, ses patients francophones se sentent généralement plus à l’aise. Ils
sont aussi « un peu plus compris et en confiance », observe-t-elle. Les échanges
sont plus naturels et créent une connexion «plus thérapeutique ».
Ce qu’elle apprécie tout particulièrement dans la diététique, c’est le côté culturel.
«On grandit dans différents pays, différentes cultures.» À l’Île Maurice, Joanne
était au contact de personnes originaires de l'Inde, de la Chine, de l'Europe : «
J'ai grandi dans un milieu très très divers en termes de nourriture. » Sa grand-
mère est devenue diabétique, elle a donc pu voir l’impact de la nourriture sur la
santé, sur le corps. « On n'a pas vraiment le temps de se poser pour réfléchir sur
comment ce qu'on mange nous affecte. »
Travailler avec les enfants reste aussi quelque chose qui l’intéresse. « On n'est
pas vraiment conscient de l'impact que certaines pratiques peuvent avoir ou
certains mots. Par exemple forcer un enfant Ă terminer son assiette ou lui dire
que s’il le fait, il aura un carré de chocolat. » Elle s’attache à développer chez les
personnes qu’elle suit le plaisir de manger, et des environnements alimentaires
sains.
Quand elle n’est pas avec ses patients, Joanne aime cuisiner et nager. Elle
affectionne sa vie sur l'île et surtout sa communauté : « Tout le monde connaît
tout le monde, c’est très chaleureux et c'est pareil à l'île Maurice. » Pouvoir
manger du poisson frais est aussi une belle chance.
